POUR SES 800 ANS, UNE UNIVERSITÉ DE TOULOUSE FÉDÉRALE, AMBITIEUSE ET INCLUSIVE


La politique de site est au cœur des réformes de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation depuis près de 20 ans et a induit des transformations profondes des structures universitaires dans la plupart des métropoles françaises. En dépit de plusieurs projets développés dans le cadre contraint des candidatures IDEX, Toulouse demeure aujourd’hui dans une situation singulière qui fragilise le site dans la durée.


Comme une large partie de la communauté académique, je refuse de laisser notre exceptionnel potentiel académique et scientifique pâtir de cette situation, alors même que de réels acquis de coopération et de mutualisation existent et témoignent d’une envie partagée et d’un destin commun des établissements de l’académie.


C’est pourquoi je souhaite promouvoir, à l’appui de ma candidature à la Présidence de l’UFTMiP, un projet qui incarne la trajectoire que j’estime à la fois souhaitable, ambitieuse et réaliste pour permettre le développement et le rayonnement du site universitaire toulousain. Les enjeux ayant été largement développés il y a un an déjà dans une lettre ouverte à la communauté universitaire (1), je rappellerai simplement le risque de décrochage dans l’accès aux financements et de baisse d’attractivité que ferait courir un statu quo. C’est pourquoi je crois indispensable de faire reconnaître le site en tant que « Grande Université de Recherche » (2), ce qui implique de dessiner une ambition collective alimentée par des propositions fortes, aucun établissement n’étant isolément en mesure d’atteindre cet objectif, notamment du fait de périmètres disciplinaires trop restreints.


Dans cette perspective, il nous faut identifier de nouveaux objectifs partagés susceptibles de transformer notre collectif en une université reconnue au meilleur niveau mondial, traduits dans une évolution institutionnelle – bien moins contraignante que celle à laquelle nous devions faire face précédemment – incarnant notre avenir commun. Pour se déployer sur le territoire toulousain avec l’appui des personnels et de la communauté étudiante, un tel projet doit receler certaines caractéristiques :


Une université fédérale : les injonctions fusionnelles du jury des IDEX ne sont plus d’actualité, nous disposons donc de la liberté de choisir un modèle approprié à la richesse et à la diversité de cultures de notre site, qui préserve les personnalités juridiques des établissements. Il faut donc assumer clairement ce choix, en donnant corps à une vraie subsidiarité, où la gestion opérationnelle des compétences demeure au plus près des usagers et où les stratégies de rayonnement et d’attractivité, en matière de formation, de recherche et de valorisation ou la promotion de l’Université de Toulouse sont construites et déployées collectivement.

Une université inclusive : les établissements toulousains sont les fruits d’une longue histoire qui ne saurait être ignorée. Imaginer un redécoupage fondé sur les vertus d’une excellence aux critères polymorphes pour faire porter la visibilité internationale du site par un périmètre restreint excluant n’a donc aucun sens. Aucun projet de regroupement ayant abouti n’a du reste adopté cette logique. Il faut donc à l’inverse permettre aux établissements volontaires de s’engager, si besoin à des niveaux et des vitesses différents, en acceptant la coopération renforcée de certains lorsqu’ils partagent des intérêts, mais en préservant un socle commun de services et de coordination ouvert à tous.

Au-delà de la dimension institutionnelle, la volonté d’inclusion renvoie aux valeurs fondamentales du service public et permet d’insister sur la volonté de solidarité, d’ouverture sociale à tous les publics, de réduction des déterminismes sociaux et de lutte contre toutes les discriminations, en premier lieu celles d’origine, de genre, ou liées à une situation de handicap.

Une université ambitieuse : des défis colossaux se présentent à notre société pour faire face aux transitions environnementales, numériques et sociétales en cours. Ces transformations impliquent des connaissances scientifiques nouvelles, leur diffusion et des ambitions de formation aux nouveaux métiers dont l’enseignement supérieur et la recherche doivent se saisir. L’interdisciplinarité sera à cet égard un axe majeur et l’Université de Toulouse bénéficie, de par le spectre très large de disciplines présentes, d’une vocation spécifique pour développer des approches nouvelles sur cette base, tant en recherche qu’en formation. La promotion de l’interdisciplinarité doit donc être renforcée et concrétisée par des dispositifs ambitieux et concrets (3) qui donneront corps aux six axes définis dans le cadre de la stratégie scientifique de site (4).

Une université sociétalement responsable : l’implication de l’Université de Toulouse pour percevoir et contribuer à résoudre des défis mondiaux (changement climatique, préservation de la biodiversité…) lui permettra de se situer plus efficacement en tant qu’actrice des transformations de son territoire. Une pleine intégration aux politiques publiques locales constitue une opportunité permettant d’encourager une innovation sociale et écoresponsable, ou encore la modification des processus productifs. Par les recherches qu’elle promeut, les formations qu’elle propose, l’Université de Toulouse doit participer à faire de son territoire un laboratoire d’expérimentations de transitions sociétales qui garantissent un modèle de société soutenable. En outre, la démocratisation de l’enseignement supérieur ou la diffusion de la culture scientifique doivent être pleinement investies car elles participent de cette volonté de transformation du territoire et d’implication citoyenne. L’Université doit donc impulser des réflexions croisées entre les mondes académique, socio-économique et institutionnel, et se faire mieux entendre de ses partenaires locaux. Enfin, la conduite de ces changements importants doit être cohérente avec leurs objectifs et implique donc des modes de gouvernance et de pilotage adaptés, où la démocratie universitaire garantit la préservation des intérêts académiques de tous, tout en s’ouvrant à des regards extérieurs.

Ces principes et valeurs pourront constituer la colonne vertébrale d’une fédération universitaire expérimentale, telle que le permet l’ordonnance de décembre 2018. Fondée sur la confiance progressivement construite, la riche expérience de projets scientifiques et pédagogiques communs et des mutualisations réussies, elle pourra se construire sur un socle de prestations largement ouvertes aux établissements et organismes du site. Celles qui existent – actions pour la démocratisation de l’enseignement supérieur et l’amélioration du continuum Bac -3/+3 ; soutien à l’entrepreneuriat étudiant et amélioration des conditions de vie étudiante ; actions de solidarité telles que l’accompagnement des migrants ou l’inclusion des étudiants en situation de handicap ; diffusion de la culture scientifique et technique ; animation du réseau des campus universitaires en région ; services tels l’Accueil Welcome Desk labellisé « Bienvenue en France » ayant accueilli 300 000 étudiants, la Toul’box et l’organisation de Summer schools ; l’Ecole des docteurs ; le service d’accompagnement au montage de projets européens, les services interuniversitaires de médecine préventive, de pédagogie ou de coopération documentaire ; le portage de projets transversaux comme le 3IA ANITI, ACORDA pour l’amélioration de l’offre d’information et d’orientation ou le Centre de données… – constituent une valeur ajoutée reconnue par nos établissements et méritent à ce titre pérennisation, voire enrichissement. Une telle organisation permettrait en outre aux établissements porteurs d’une coopération renforcée dans le domaine des stratégies scientifique, pédagogique – incluant la diplomation commune du Doctorat et de certains masters – et de rayonnement international de porter dans le cadre d’une gouvernance restreinte à eux seuls leurs ambitions communes. Il s’agit donc d’admettre au sein d’une même structure des coopérations à périmètre et ampleur variables, dotées de modes de décision adaptés.

Cette nouvelle Université de Toulouse constituerait ainsi l’institution qui, grâce à ses prérogatives en termes de délivrance de diplômes et sa stratégie inclusive, pourrait porter la visibilité internationale et constituer l’interlocuteur attendu par les organismes de recherche nationaux et les partenaires institutionnels et socio- économiques. Cette vitrine, construite par et pour les établissements, dans le respect de leur diversité, leur permettrait de gagner en visibilité et d’accéder à des moyens complémentaires essentiels. Il va de soi que cette évolution institutionnelle et l’accroissement des coopérations qui en résulterait, doivent encore être précisés et discutés dans le cadre de concertations à venir afin de pouvoir procéder à la rédaction de nouveaux statuts durant l’année 2021.

Ces évolutions permettraient de repositionner rapidement le site toulousain à la place qui est la sienne sur la carte nationale de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation au regard de l’agrégation des forces scientifiques et académiques présentes. Elles amélioreraient même cette position en offrant un cadre propice à leur valorisation transversale. Elles conduiraient enfin et surtout à mieux satisfaire les besoins des étudiants et des personnels, permettant alors de faire face aux évolutions de nos missions de service public. Ces stratégies collectives sont à mes yeux seules susceptibles de répondre aux enjeux scientifiques et de formation qui résultent de nos défis sociétaux. Elles s’avéreront efficaces pour préparer l’avenir et incarner le destin commun que l’Université de Toulouse partage depuis 1229 et qu’elle doit aujourd’hui réinventer. Il nous appartient de nous en saisir rapidement !

Ma candidature s’appuie sur la construction d’une université fédérale expérimentale (ordonnance n° 2018-1131 du 12 décembre 2018). Je souhaite tout mettre en œuvre pour que les établissements dans leur plus grande majorité, les organismes de recherche du site et par-delà l’ensemble de la communauté académique travaillent ensemble à mes côtés pour lui donner corps, à travers :

La délivrance par l’Université de Toulouse du Doctorat et de certains Masters ;

La signature unique des publications scientifiques ;

Le déploiement et l’animation d’une stratégie scientifique ambitieuse construite collectivement sur le fondement de défis sociétaux, susceptible de distinguer Toulouse dans le paysage national ;

Le développement d’une stratégie de formation fondée sur l’interdisciplinarité (permettant l’intégration des défis sociétaux dans les formations en lien avec les axes de la stratégie scientifique) et l’innovation pédagogique, garantissant l’amélioration continue ;

L’accompagnement des établissements pour la mise en place des compétences et des blocs de compétences ;

Une stratégie partagée de renforcement du rayonnement et de l’attractivité internationale du site ;

Une contribution accrue au développement et à la cohésion sociale de son territoire ;

L’accélération de la transition environnementale des campus ;

Le renforcement de l’offre en faveur des conditions de vie étudiante et un cadre de travail épanouissant à ses personnels.






1 http://www.utdedemain.fr/projet/« Réinventons une dynamique collective pour l’Université de Toulouse ».

2 L’expression, issue du PIA 3, renvoie aux universités bénéficiant d’un label « IDEX » ou « ISITE » auxquelles sont réservés certains financements. Aussi mal choisie soit elle, elle ne saurait masquer que ce sont toutes les dimensions de l’activité universitaire qui sont susceptibles d’être touchées en cas de non reconnaissance de Toulouse en tant que GUR, du fait des restrictions d’accès aux financements en découlant.

3 Pour quelques propositions spécifiques à l’interdisciplinarité : http://www.utdedemain.fr/projet/ « L’interdisciplinarité »

4 https://www.univ-toulouse.fr/recherche-dynamique/strategie-scientifique-partagee

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *